Fin du nucléaire asbl
Einde van kernenergie vzw
Ende der Atomkraft asbl

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« Vivaldi », une coalition dénucléarisée ?
Le 14 octobre 2020

  

« Le calendrier légal de sortie du nucléaire sera respecté, comme prévu ». Fin novembre 2021, un rapport sera produit. S’il « montre qu’il y a un problème inattendu de sécurité d’approvisionnement, le Gouvernement prendra des mesures adéquates comme l’ajustement du calendrier légal pour une capacité pouvant aller jusqu’à 2 GW ».

C’est ce qu’on peut lire dans le rapport des formateurs du nouveau gouvernement du 30 septembre 2020, constitué par une coalition de sept partis dite « Vivaldi ». Cette formulation rappelle méchamment celle de la loi de sortie du nucléaire de 2003 qui actait la prolongation des 7 réacteurs de 30 à 40 ans tout en « assurant » leur fermeture au bout de ces 40 ans, fermeture énoncée dans des termes similaires à ceux émis dans le rapport Vivaldi. On sait ce qu’il en a été : vu le laxisme des gouvernements successifs, cette loi de 2003 a abouti à la prolongation de 10 ans du réacteur T1 en 2012 sous le gouvernement Di Rupo et des réacteurs D1 et D2 en 2015 sous le gouvernent Michel.

Bien entendu, le contexte énergétique et politique est aujourd’hui très différent de celui de 2003, examinons-en quelques éléments :

Tout le monde le sait aujourd’hui, un programme fort d’économies d’énergie, d’électricité en particulier, et des ressources non renouvelables est indispensable pour remplir les objectifs climatiques et se préparer aux pénuries à venir. C’est pourtant le parent pauvre de l’accord du nouveau gouvernement qui, par exemple, a bien l’intention de pousser au déploiement de la 5G ce qui se traduira par une augmentation de la consommation d’électricité du pays de plus de 2 %, mais aussi une croissance substantielle de celle des autres ressources énergétiques et des métaux [9] (« Le Gouvernement fédéral organisera la mise aux enchères de la 5G dès que possible », page 70 du rapport des formateurs). Il est possible que la fermeture définitive des réacteurs ait lieu en 2025, mais il est par contre certain que ce gouvernement engage le pays dans la poursuite d’une voie que de plus en plus de citoyens considèrent comme sans issue.

Francis Leboutte



[1] CRM : mécanisme de rémunération de capacité, un mécanisme qui doit permettre de subsidier la construction de nouvelles centra­les à gaz. Le CRM belge, concocté avec une lenteur qui pose question par la ministre de l’Énergie précédente, doit encore recevoir l’approbation de la Commission européenne, ce qui devrait encore prendre près d’un an. Bien sûr, le gouvernement belge pourrait décider de ne pas attendre la Commission s’il y avait urgence (construire une nouvelle centrale à gaz devrait prendre environ 3 ans).

[2] CREG : Commission de Régulation de l’Électricité et du Gaz, l’organisme fédéral pour la régulation des marchés de l’électricité et du gaz naturel en Belgique.

[3] Adéquation entre la capacité d’approvisionnement en électricité et la demande.

[4] Elia, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité à haute tension belge (30 000 à 400 000 volts), est une entreprise privée dont le bénéfice net était de 216,6 millions d’euros en 2017 (Belgique et Allemagne). N’est-il pas surprenant que cette société privée ait la prééminence sur la CREG pour conseiller le gouvernement sur ces questions de planification, comme démontré tout au long de la législature précédente sous la houlette de la ministre Marghem ?

[5] Contrairement aux précédentes prolongations de réacteurs, suite à l’avis rendu par la Cour de justice de l’Union européenne en 2019 à propos de la prolongation des réacteurs D1 et D2, le gouvernement ne pourra plus « échapper » à cette étude d’incidence en respect de la convention d’Espoo sur l’évaluation de l’impact sur l’environnement dans un contexte transfrontière et la convention d’Aarhus sur la participation du public en matière d’environnement.

[6] Remarquons au passage que ces travaux réduiront encore le taux d’utilisation des réacteurs.

[7] Le Canard Enchaîné du 26 septembre 2018.

[8] La leçon du réacteur D1 n’a pas suffi : en effet, en avril 2018, après la prolongation de son exploitation de 40 à 50 ans, ce réacteur a été arrêté pendant 11 mois en raison d’une fuite dans le circuit d’eau de refroidissement primaire, un « incident » qui de plus aurait pu avoir des conséquences graves.

[9] « Impact du déploiement de la 5G sur la consommation de l’énergie et le climat », Kairos nº 46, octobre 2020.