Fin du nucléaire asbl
 
Einde van kernenergie — Ende der Atomkraft

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Analyse des réponses des partis politiques aux questions à propos de
    – l’avenir énergétique de la Belgique,
    – la filière nucléaire et
    – le traité d’interdiction des armes nucléaires de l’ONU.

 Analyse van de antwoorden van politieke partijen op vragen over
    – de energietoekomst van België,
    – de nucleaire sector en
    – het VN-verdrag inzake het verbod op kernwapens.

Soucieuse de l’état d’insécurité dans lequel les habitants de la Belgique sont placés tant par l’état catastrophique de nos centrales nucléaires que par l’absence de vision du gouverne­ment actuel, comme d’ailleurs des précédents, sur la question énergétique, l’ASBL Fin du nucléaire a posé 4 questions sur cette thématique aux partis politiques présents au niveau fédéral.

Dans ce qui suit, nous présentons une analyse synthétique des réponses apportées par les partis à ces questions. Soulignons d’emblée que tous les partis ont joué le « jeu démocra­tique » en acceptant de nous répondre, à l’exception notable du CD&V, malgré le rappel qui lui a été fait. Sans doute ce parti n’a-t-il rien à dire sur la problématique de l’énergie, au même titre que le Vlaams Belang et le Parti Populaire que nous préférons ignorer.

À propos des 2 réacteurs fissurés

Des milliers de fissures ont été découvertes dans les cuves des réacteurs T2 (Tihange 2) et D3 (Doel 3) en 2012, à la suite de quoi ces réacteurs ont été arrêtés pendant près de 3 ans — la durée cumulée de deux épisodes distincts — , le temps pour Engie-Electrabel et l’AFCN (Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire) d’élaborer une justification à leur redémarrage.

Pourtant, il est clair que ces fissures, des « indications atypiques » comme a osé les qualifier le directeur de l’AFCN, violent le principe fondamental de génie nucléaire d’« exclusion de rupture » — un principe aussi inscrit dans la loi belge —, comme l’ont confirmé, si besoin était, des experts internationaux et la NRC, l’agence de contrôle nucléaire étasunienne.

Face à cette évidence, 5 partis éludent tout simplement la question : cdH, DéFI, Ecolo, MR et PS. Deux autres, Groen et sp.a, répondent mais bottent en touche, reportant dans le futur une improbable décision enfin adaptée à la situation. La N-VA et l’ Open Vld se réfugient derrière les soi-disant compétence et indépendance de l’AFCN, refusant ainsi d’assumer leur rôle politique et de protéger les citoyens contre l’incurie d’Engie-Electrabel et de l’AFCN. Le PTB fait exception en étant le seul parti à vouloir l’arrêt immédiat de ces 2 réacteurs.

À propos des 3 réacteurs obsolètes âgés de plus de 40 ans

Avec bientôt 45 années de fonctionnement, les trois réacteurs Tihange 1 (T1), Doel 1 (D1) et Doel 2 (D2) ont très largement dépassé les 30 ans initialement prévus. Ces réacteurs se sont usés et fragilisés avec le temps, leur nombre d’arrêts intempestifs étant d’ailleurs en constante augmentation depuis plusieurs années, ce qui témoigne du risque grandissant auquel ils exposent la Belgique : plus un réacteur est vieux, plus il est dangereux. La menace d’un accident majeur lié à ces 3 réacteurs se précise, dans la droite ligne des déclarations de Pierre-Franck Chevet, président de l’Autorité de sûreté nucléaire (France) , dans le Le Monde du 22 avril 2016  : « Un accident nucléaire majeur ne peut être exclu nulle part ».

La question de l’arrêt immédiat de ces 3 réacteurs obsolètes suscite des réponses tout à fait similaires à la question n° 1 : dérobade, report improbable dans le futur et refus d’assumer la responsabilité politique, à l’exception du PTB qui se prononce pour l’arrêt immédiat de ces 3 réacteurs.

Sobriété énergétique

La question met en avant, pour viser à se libérer des énergies non renouvelables, la néces­sité de revoir notre rapport à l’énergie. Le recours aux ressources renouvelables doit s’accompagner d’une recherche d’efficacité, mais surtout d’une maitrise de la demande qui implique une redéfinition des besoins en énergie sur la base d’une réflexion sans conces­sions sur ce qui est vraiment nécessaire.

Aucun parti n’a répondu, selon nous, de manière suffisamment précise et pertinente à la question.

La confusion entre sobriété énergétique et efficience énergétique est générale, de même que le refus de prendre en compte l’impact énergétique des nouvelles technologies et l’igno­rance de l’effet rebond.

Tous sont favorables à l’efficacité énergétique mais certains se contentent d’une réponse en forme de slogan sans contenu. Il s’agit de DéFI, NV-A, Open VLD.

D’autres, comme le MR et, avec quelques nuances le CDH, croient avant tout à la techno­logie pour aboutir à l’efficacité, sans aucune inflexion de la trajectoire actuelle.

Le sp.a et le PTB, avec quelques accents volontaristes restent très classiques, et n’envisagent rien en termes de réflexion sur les besoins. Ils éludent la question des limites de l’innova­tion technologique.

Le PS, chez qui l’on ressent une légère inflexion, notamment sur le bétonnage des terres, se positionne de même.

Groen répond positivement mais reste flou sur le concept de sobriété ; il élude la question technologique.

Enfin Ecolo confond sobriété et efficacité. Il avance des propositions intéressantes, notamment sur les coopératives de production mais ignore la question des limites des besoins et élude la question du progrès technologique énergivore.

Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN)

La question 4 comporte deux volets, logiquement inséparables. Trois partis répondent de manière précise et positive quant à leur attitude face au TIAN. Ils s’expriment en faveur de la signature et de la ratification par la Belgique et refusent d’accueillir les nouvelles bombes B61-12. Il s’agit du sp.a, de Groen et du PTB.

De manière tout aussi claire, la NV-A, l’Open Vld et le MR s’opposent à la signature et à la ratification et acceptent l’hébergement des bombes B61-12.

Le CDH, avec une argumentation basée sur le caractère « déraisonnable » et « inapproprié » d’une décision unilatérale de la Belgique, s’oppose lui aussi à la signature et à la ratification du TIAN. Il préconise une concertation avec les autres pays européens hébergeant des bombes nucléaires étasuniennes pour décider de l’attitude à adopter.

DéFI se déclare favorable à la ratification du TIAN mais plaide pour le multilatéralisme !

Le PS déclare souhaiter la signature du TIAN et l’élimination des armes nucléaires de notre territoire mais ne manifeste pas un grand volontarisme en ce sens.

Ecolo s’engage en faveur du Traité mais ne s’engage pas formellement pour le refus de l’hébergement des bombes B61-12.

Conclusion

Tout d’abord, nous remercions les partis politiques qui ont répondu à nos questions.

Le tableau ci-contre montre que la quasi-totalité des partis n’obtient pas le score moyen (3), ce qui traduit, selon nous, le fait que les partis politiques ne sont pas à même de produire des réponses à la hauteur des enjeux du moment, que ce soit sur la problématique de l’énergie, du climat et d’autres.